Le Blog de Julien

Blog perso de Julien Jouanneau

30 avril 2006

Timothy McVeigh

3.  Le fils terroriste de l’Amérique

« ni un monstre, ni un fou, juste un jeune Américain, peut-être un peu tête brûlée… »[16]

Durant tout son procès, McVeigh niera être l’auteur de l’attentat avant de tout avouer en 1997 dans American Terrorist. Jamais il ne regrette son acte. A ce titre, Timothy McVeigh renvoie l’image d’un homme ordinaire, « l’un d’entre nous »[17].

Timothy McVeigh

1968-2001

3.1 Une victime du darwinisme social

Au valeureux, rien d’impossible. Tout un chacun peut y arriver, pourvu qu’il y consacre le temps et l’énergie, et qu’il sache saisir sa chance. Parallèlement, cette liberté engendre une extraordinaire dynamique de la concurrence. La société américaine fonctionne de la sorte, est exigeante et dure envers les perdants, condamne implicitement ceux qui se trouvent en situation d’échec, soupçonnés de manque d’investissement personnel, de laxisme, voire d’une déficience quelconque. La vision américaine de l’homme et de sa réussite est étayée par la thèse du darwinisme social[18], idéologie née à la fin du XIXème  siècle et qui transpose les théories de Charles Darwin sur l’évolution des espèce au domaine social. Une conception qui repose sur la notion de survival of the fittest, où seuls les plus aptes l’emportent. Cette conception, popularisée par Herbert Spencer, philosophe anglais, et par William Graham Sumner aux Etats-Unis, connaîtra un succès foudroyant outre-Atlantique.

Les tenants du darwinisme social considèrent qu'à l'instar des animaux et des plantes, les hommes sont fondamentalement inégaux, physiquement et intellectuellement, et que leurs aptitudes sont strictement héréditaires. Ils sont donc destinés à la lutte pour leur survie et à la recherche de la réussite personnelle dans la société. Les individus qui deviennent riches et puissants sont les plus « aptes », alors que les membres des classes socioéconomiques les plus défavorisées sont les moins « adaptés ». Le darwinisme social en est ainsi venu à considérer que le progrès de l'humanité repose sur la rivalité. Cette doctrine servit de base philosophique aux idéologies de l'impérialisme, du racisme et de l'eugénisme. Au XXème siècle, elle tombe en discrédit lorsque de nouvelles découvertes scientifiques relativisent le rôle de la sélection naturelle dans l'étude de la société humaine, où les facteurs économiques et culturels ont éclipsé les facteurs physiologiques comme moteurs de l'évolution sociale. Pourtant aujourd’hui encore chaque Américain doit continuer à se distinguer, quelque soit la manière, pour progresser.

Garçon intelligent mais renfermé, McVeigh s’intéresse à peu de choses dans sa jeunesse. A sa sortie du lycée en 1986, il s’inscrit dans une école d’économie qu’il quitte vite. Les armes deviennent rapidement son unique point d’intérêt. Tireur d’élite dans l’armée en 1988, c’est là que le jeune homme commence à affirmer sa personnalité. Le soldat recommande même à ses collègues la lecture des Turner Diaries, roman raciste et antisémite racontant l’histoire d’un soldat qui s’enrôle dans une armée secrète pour lutter contre un gouvernement oppresseur. Avec la Guerre du Golfe en 1991 , McVeigh est envoyé dans le désert saoudien, où il décrochera une médaille pour sa bravoure.

Cependant, mortifié et menacé par les réductions de dépenses militaires après la chute du Mur de Berlin, il quitte l’armée le 31 décembre 1991. Il garde en tête son objectif, rentrer dans les Bérets Verts, les forces spéciales de l’armée américaine. Echouant aux épreuves physiques, il rentre avec sa déception chez son père Bill McVeigh, qui déclarera «le rejet par l’armée l’avait laissé très amer, il semblait toujours en colère »[19]. McVeigh se déclare de plus en plus inquiet face à la tyrannie fédérale, et est pris dans le mouvement de patriotes antigouvernementaux qui se développe alors. Il devient alors garde de sécurité pendant quelques mois, et prend la route en 1993, en voyageant de motels en motels dans des voitures rouillées, et passe du temps avec deux de ses anciens collègues, Terry Nichols et Michael Fortier. Après un passage à Waco, il écrit une lettre à sa sœur Jennifer, dans laquelle il précise qu’il est « en train de réévaluer ce qui est bien et ce qui est mal » et se présente comme une « sorte de Robin de Bois face au monstre du gouvernement »[20].

Le darwinisme social tel qu’illustré par de McVeigh atteint son paroxysme lorsque le jeune homme doit gagner sa vie en revendant des armes lors de gun show et dormir chez son père sur un canapé. Il passe en 1994 quelques mois dans le Michigan, dans la ferme du frère de Terry Nichols, où il s’entraîne à l’explosif dans les bois. Avec le siège de Ruby Ridge en août 1992 où un survivaliste résiste aux forces de l’ordre, qui abattent sa femme et son fils, le ressentiment de McVeigh contre le pouvoir fédéral s’accentue.


[16] Rousselot, Fabrice, « La dérive de l’un d’entre nous », dans Libération, 11 juin 2001

[17] Linda Jones, compte-rendu du procès, U.S. v. McVeigh.

[18] Définition issue de l’Encyclopédie Encarta 2003, Microsoft, Droits réservés

[19] Kauffmann Sylvie, op.cit

[20] Rousselot, Fabrice, op.cit

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