30 avril 2006
McVeigh et les Forces Spéciales Clandestines
McVeigh et les Forces Spéciales Clandestines
Après le massacre de Waco en 1993, l’armée américaine décide d’enquêter sur la présence de groupes guidés d’idéaux analogues à ceux des Davidiens dans ses propres rangs. Le général Larry Jordan, chargé de diriger une commission d’enquête, se rend alors dans la plupart des bases militaires des Etats-Unis, d’Europe et d’Asie afin d’évaluer, selon les termes officiels de la mission, « le climat régnant parmi les soldats américains » et d’y déceler l’existence de ces groupes de la haine. En vérité, son véritable objectif n’est autre que d’évaluer l’importance de la présence, au sein de l’armée, de soldats membres ou sympathisants de ces groupes. Si seuls une douzaine d’extrémistes sont identifiés à Fort Bragg, où Timothy McVeigh est passé en 1991, c’est dans cette garnison qu’un groupuscule clandestin, les Special Forces Underground (Forces Spéciales Clandestines) publie une lettre d’information spéciale appelée The Resister, un brûlot véhiculant le credo de l’extrême droite radicale.
Une dissidence au cœur de l’appareil militaire
Le rôle des Forces Spéciales Clandestines, dans lesquelles Timothy McVeigh s’est enrôlé, reste aujourd’hui encore difficile à apprécier tant il renvoie aux contradictions internes de l’appareil d’Etat américain. « L’Amérique peut avoir confiance dans son armée, les problèmes qui y existent sont marginaux ». Telle est la conclusion de l’enquête diligentée par Bill Clinton en 1995 après qu’une série de crimes racistes se soient produits près de la base militaire de Fort Bragg au Texas. En 2004, il demeure difficile de croire qu’une majorité d’Américains puisse adhérer à un tel constat, au vu des récentes exactions commises par certains Gi’s en Irak...
L’inspection est placée en 1995 sous la direction du sous-secrétaire à l’armée de Terre Togo West, lui-même sous le commandement du major Général Larry Jordan. Lors du procès de McVeigh en 1997, on apprend que ce dernier était bel et bien enrôlé dans les Forces Clandestines : le rapport apparaît à présent comme une véritable langue de bois. Pourtant celui-ci éclairait des aspects, s’ils n’étaient pas des menaces directes contre le gouvernement américain, n’en étaient pas moins inquiétants. Ainsi, la revue trimestrielle The Resister, permettait aux Forces Clandestines d’encadrer secrètement diverses milices d’extrême droite. Le rapport final pointe aussi le goût prononcé des officiers de Fort Bragg pour décorer leurs locaux avec des drapeaux sudistes, des KKK et des swastikas.
L’inspection n’entraîne véritablement qu’une seule conséquence: le renvoi des Bérets Verts du rédacteur en chef du Resister, le sergent Steven Barry. Les fréquentations de McVeigh au début des années 90 ne portent donc pas vraiment le gouvernement américain dans leur cœur. Certaines se situent même en dehors des Etats-Unis.
En 1994, les troupes américaines sont déployées en Haïti dans le cadre de l’opération Restore Democracy. Le président Jean-Baptiste Aristide accuse alors des membres des forces américaines de mener une opération secrète visant à réarmer en sous-main les escadrons de la mort du FRAPH (Front Pour l’Avancement et le Progrès d’Haïti) qu’ils étaient pourtant officiellement chargés de neutraliser. Le nom du rédacteur en chef du Resister Steven Barry apparaît dans les accusations mais un démenti formel est opposé à ces allégations. Après la vague de crimes racistes près de Fort Bragg en 1995, le Congrès procéda à des auditions. Un témoin d’affirmer alors que les crimes ont été commis par des membres des Forces Clandestines jouissant de protections haut placées en raison des services secrets qu’ils avaient rendus lors de l’opération en Haïti. Aucun nom n’est cependant cité. Quant à Stan Goff, un militaire en opération à Haïti, il indique avoir été relevé de ses fonctions alors qu’il avait mis en évidence l’existence d’une opération secrète pro-FRAPH de la CIA à laquelle participait Steven Barry en totale contradiction avec la politique officielle des Etats-Unis. Il précise aussi l’ « étouffement des affaires impliquant les SFU qui était devenu indispensable à certains dirigeants politiques après que le FBI eut découevrt l’appartenance de Timothy McVeigh à ce réseau ».
L’appartenance de McVeigh à ce réseau…un beau fardeau pour les SFU après le 19 avril 1995. Comme pour se laver de leur relation avec Timothy McVeigh, les SFU créent en 1999 une vitrine légale, portant le nom d’un général emblématique de l’extrême droite militaire américaine, Edwin Walker.
Le combat du Général Edwin Walker
a. Un militant né
Né en 1909, Edwin Walker commande la 1st Special Service Force, une unité américano-canadienne, lors de la campagne d’Italie pendant la Seconde Guerre Mondiale. Cette unité devait ultérieurement donner naissance aux Bérets Verts. Véritable anticommuniste obsessionnel, Edwin Walker considère que suite à la rupture du pacte germano-soviétique en ????, les Etats-Unis auraient dû s’allier avec le Troisième Reich pour combattre l’URSS et non l’inverse. A la Libération, Walker organise l’élimination des résistants communistes grecs et fonde la Toison Rouge, branche locale du réseau stay-behind, l’extrême droite militaire. Pendant la Guerre de Corée, il commande une unité d’artillerie et soutient le projet de McArthur d’utiliser la bombe atomique. Face au refus du gouvernement et au rappel de McArthur, Walker développe une analyse selon laquelle « le gouvernement américain se serait lancé dans une politique d’abandon sous la pression de l’ONU et d’un puissant club, le Council for Foreign Relations ».
A son retour aux USA au milieu des années 50, Walker est affecté comme commandant du district de Little Rock en Arkansas. C’est précisément le moment où l’université localces devient le théâtre de célèbes aronfetments relatifs à l’intégration des élèves de couleur. la Cour suprême des États-Unis préparaient la voie à la prohibition de la ségrégation raciale dans les écoles, qui avait été établie par l’arrêt du procès Plessey contre Fergusson en 1896. En 1954, la Cour jugea à l’unanimité dans Brown contre le Bureau d’éducation de Topeka, que « des établissements d’enseignement séparés sont intrinsèquement inégaux » et, l’année suivante, ordonna aux écoles d’État de cesser la ségrégation « avec toute la rapidité possible ». Mais la résistance était forte et, en 1957, l’armée fédérale dut protéger l’entrée d’enfants noirs à l’école de Little Rock. Dégoûté, le général est transféré en Allemagne où il se voit confier le commandement de la 24ème division d’infanterie. Mais la presse révèle qu’il y dispense un training anticommuniste et raciste à ses soldats, tout en diffusant la propagande la John Birch Society. Devant le scandale, il est relevé de ses fonctions par le secrétaire à la Défense, Robert McNamara le 17 avril 1961, et reçoit un blâme. Le président Kennedy adopte alors le Fullbright Memorandum pour limiter le droit d’expression des officiers.
b. Une seconde carrière
Walker devient alors le lobbyiste des milieux militaro-industriels les plus belliqueux. A l’Université du Mississippi, il organise une émeute pour protester contre l’engagement d’un professeur noir. Il est par conséquent poursuivi par l’Attorney général Robert Kennedy, et arrêté pour conspiration séditieuse, insurrection et rébellion. Mais la presse conservatrice le soutient et le désigne comme « prisonnier politique des Kennedy ». Il est remis en liberté après avoir acquitté 100 000 dollars de caution. Des documents déclassifiées du FBI semblent indiquer qu’il était à la fois membre de la John Birch Society et des Authentiques Chevaliers du Ku Klux Klan. Proche de McArthur, Walker bénéficia aussi du soutien financier du milliardaire Haroldson Hunt. Là s’arrête la biographie officielle de Walker qui décède le 31 octobre 1993.On lui prêterait aussi, mais impossible de vérifier, « le financement de l’OAS, avec qui il était en contact par l’entremise du mercenaire Jean-René Souêtre, par le biais du Centro Mondiale Comerciale et de la Permindex ». On dit qu’il « commandita au moins un attentat raté contre De Gaulle, qu’il accusait de conduire une politique d’abandon face à la poussée communiste en Afrique du Nord ». Surtout, on l’accuse d’avoir participé à l’assassinat de JFK, « abattu peu après un ultime entretient avec Lee Harvey Oswall et Walker » : « pour se dédouaner, Walker prétendit avoir lui-même fait l’objet d’une tentative d’assassinat par Oswald ».
Quoi qu’il en soit, Walker était en profond désaccord avec le gouvernement américain. Après sa mort en 1993, « ses frères d’armes continuaient le combat »
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